Demander à un expert-comptable combien vaut votre entreprise, c’est poser une question qui n’a jamais une seule réponse, et c’est précisément ce que cet article explique. Vous y trouverez les situations qui rendent une évaluation nécessaire (cession, levée de fonds, entrée d’un associé, transmission familiale) et la différence entre valeur et prix. Nous détaillons ensuite le travail préalable que beaucoup de dirigeants ignorent : le diagnostic et les retraitements des comptes, qui pèsent souvent plus lourd que le choix de la méthode. Les trois grandes familles de méthodes sont présentées une par une, avec leurs forces et leurs angles morts : l’approche patrimoniale (ce que l’entreprise possède), les méthodes de rentabilité (ce qu’elle rapporte) et les multiples (ce que le marché paierait). Un exemple chiffré montre comment une même société peut afficher des valeurs allant presque du simple au triple selon l’angle retenu. Vous comprendrez alors pourquoi deux évaluateurs ne tombent pas d’accord, ce que l’évaluation change concrètement dans votre opération, et comment le Cabinet Cantini conduit une mission d’évaluation.
1. Pourquoi faire évaluer votre entreprise, et à quel moment
Une évaluation répond toujours à une décision précise, et cette décision oriente déjà la méthode.
1.1 Cession, levée, entrée d’un associé : des contextes qui n’appellent pas la même valeur
La cession totale. Vous vendez vos titres ou votre fonds de commerce. La valeur sert de base à la négociation, et le repreneur fera faire sa propre évaluation : c’est le cas qui exige le chiffrage le plus argumenté.
La levée de fonds. Un investisseur entre au capital contre un apport d’argent. La valeur de la société avant l’opération détermine le pourcentage qu’il obtiendra, donc votre dilution.
L’entrée d’un associé. Un salarié clé ou un partenaire rejoint le capital, par rachat de parts ou par augmentation de capital. La valeur fixe le prix d’entrée et, souvent, la formule du prix de sortie prévue dans le pacte.
La transmission familiale. Donation de titres, préparation d’une succession, apport à une holding : l’interlocuteur final est alors l’administration fiscale, avec ses propres règles.
S’y ajoutent des cas ponctuels : départ d’un associé, mésentente, divorce du dirigeant, apport en nature. Dans chacun, la vraie question est « combien, pour qui, et dans quel cadre ? ».
1.2 Valeur, prix, valeur vénale : trois notions à ne pas confondre
La valeur est une estimation argumentée, issue de méthodes et d’hypothèses. Le prix est le montant sur lequel vendeur et acheteur s’accordent après négociation. Les deux se rejoignent rarement au centime.
La valeur vénale est la notion retenue par l’administration. Le guide de l’évaluation des entreprises et des titres de sociétés de la DGFiP (édition 2026) rappelle qu’il n’existe pas, sauf dispositions spécifiques, de valeur fiscale de l’entreprise : il faut rechercher le prix issu du jeu normal de l’offre et de la demande à la date de l’opération. Le guide précise aussi qu’aucun cadre légal ne fixe les modalités de calcul : les méthodes viennent de la pratique professionnelle et de la jurisprudence.
Conséquence pratique : la valeur présentée à un repreneur et celle déclarée lors d’une donation de titres doivent rester cohérentes.
1.3 Valeur de l’entreprise et valeur de vos titres : le rôle de la dette nette
La valeur d’entreprise mesure ce que vaut l’outil de production, quel que soit son financement. La valeur des titres (ou des capitaux propres) mesure ce qui revient aux associés. On passe de l’une à l’autre par l’endettement financier net : emprunts et dettes assimilées, diminués de la trésorerie disponible.
Valeur des titres = valeur d’entreprise – endettement financier net
Deux sociétés identiques n’ont donc pas la même valeur de titres si l’une a emprunté pour investir et l’autre s’est autofinancée. Quand un acquéreur vous annonce un chiffre, demandez s’il parle de l’entreprise ou des titres.
2. Avant les calculs : le diagnostic et les retraitements
C’est l’étape la moins visible pour le dirigeant, et celle qui crée le plus d’écart entre deux évaluations. Une méthode appliquée à des comptes mal retraités donne un résultat faux.
2.1 Lire au moins trois exercices
L’expert-comptable chargé de l’évaluation part des comptes annuels et des liasses fiscales des derniers exercices. Le guide de la DGFiP recommande une analyse sur « au moins trois exercices, voire davantage selon le cycle économique de l’entreprise ».
Les agrégats examinés sont ceux des soldes intermédiaires de gestion : chiffre d’affaires, marge, excédent brut d’exploitation (EBE), résultat d’exploitation, résultat net. Si ces notions vous paraissent floues, prenez le temps de lire et exploiter vos soldes intermédiaires de gestion avant toute discussion de prix.
La structure financière compte aussi : besoin en fonds de roulement (BFR), trésorerie, fonds propres. Une entreprise rentable dont le BFR explose à chaque hausse d’activité vaut moins qu’une entreprise équivalente qui encaisse avant de décaisser.
2.2 Normaliser les comptes : les retraitements qui changent tout
Les comptes sont établis selon des règles comptables et fiscales, pas pour mesurer une année « normale ». L’évaluateur calcule donc des agrégats normatifs. La DGFiP cite notamment :
- la rémunération du dirigeant, rapprochée d’une rémunération de marché, à la hausse comme à la baisse : un gérant faiblement payé gonfle la rentabilité, alors qu’un repreneur devra rémunérer un directeur ;
- les loyers non normatifs, typiquement quand la société loue ses locaux à la SCI du dirigeant à un prix éloigné du marché ;
- le crédit-bail, retraité pour comparer la société à une entreprise propriétaire de ses équipements ;
- les dépenses non récurrentes : litige, déménagement, sinistre ;
- les amortissements purement fiscaux, remplacés par les amortissements économiques.
Sur une petite entreprise, le seul retraitement de la rémunération du dirigeant peut déplacer la valeur de plusieurs dizaines de milliers d’euros.
2.3 Le diagnostic stratégique : ce que les comptes ne disent pas
Deux entreprises aux comptes identiques n’ont pas la même valeur si l’une dépend de trois clients et l’autre de trois cents. L’évaluateur examine la concentration et la récurrence du chiffre d’affaires, la dépendance au dirigeant (qui détient la relation client, le savoir-faire), l’équipe, l’état de l’outil et les investissements différés, et enfin le marché local.
Prenons une entreprise de maintenance installée dans la zone d’activité de Mérignac, dont les contrats sont signés avec quelques donneurs d’ordre de l’aéronautique. La récurrence est un atout, la concentration un risque : l’évaluation intègre les deux, et c’est cette lecture qui justifiera le choix d’un multiple ou d’un taux.
3. La méthode patrimoniale : ce que l’entreprise possède
C’est la méthode la plus intuitive : additionner ce que la société possède et retrancher ce qu’elle doit.
3.1 De l’actif net comptable à l’actif net réévalué
Le point de départ est l’actif net comptable (ANC), soit les capitaux propres du bilan. Bpifrance Création, dans sa fiche sur la méthode patrimoniale d’évaluation, le définit comme la différence entre l’actif net et le passif exigible, provisions comprises.
Le bilan obéit au principe de prudence : les biens restent à leur coût historique amorti et les plus-values latentes ne sont pas comptabilisées. L’évaluateur calcule donc un actif net réévalué (ANR), ou actif net comptable corrigé :
- réévaluation de l’immobilier, du matériel et des stocks à leur valeur actuelle ;
- réintégration des biens en crédit-bail, nets de la dette restant due ;
- ajout des passifs absents du bilan : indemnités de départ à la retraite, litiges probables ;
- suppression des actifs sans valeur réelle : créances irrécouvrables, stock obsolète ;
- prise en compte de la fiscalité latente sur les plus-values de réévaluation.
3.2 Le fonds de commerce et le droit au bail
L’actif le plus précieux d’une petite entreprise n’est souvent pas au bilan. Le guide de la DGFiP rappelle que les actifs créés par la société, comme le fonds commercial ou l’image de marque, n’y figurent pas.
Pour le commerce de détail, le fonds s’évalue par comparaison avec des ventes similaires ou à partir des barèmes professionnels, présentés sous forme de fourchette de coefficients appliqués au chiffre d’affaires. Le stock se valorise à part.
L’emplacement peut tout changer : pour une boutique bien placée, l’administration considère que la valeur du fonds ne peut pas être inférieure à celle du droit au bail. Un commerce de centre-ville au Bouscat et un commerce équivalent en périphérie peuvent réaliser des chiffres d’affaires proches et valoir des montants très différents.
3.3 Le goodwill : intégrer la rentabilité dans l’approche patrimoniale
Si la société gagne plus que ce que rapporteraient ses actifs placés sans risque, cet excédent révèle un actif immatériel : clientèle, savoir-faire, organisation. C’est le goodwill, calculé par la méthode de la rente de superprofit. On obtient alors : valeur = actif net réévalué + goodwill. Si la rentabilité est inférieure à la rémunération normale des capitaux, l’écart est négatif (on parle de badwill) et la valeur peut descendre sous l’actif net.
3.4 Quand cette méthode fait foi, et quand elle trompe
L’approche patrimoniale est la référence pour les sociétés dont la valeur tient à leurs actifs : SCI familiale, holding patrimoniale, entreprise propriétaire de ses murs. Le guide de la DGFiP admet qu’une société civile ou une holding soit évaluée par cette seule approche, assortie d’une décote.
Elle trompe en revanche pour une société de services, dont les actifs se résument à quelques ordinateurs alors que sa capacité bénéficiaire est réelle : la DGFiP souligne que la valeur d’une petite société de services réside davantage dans sa rentabilité que dans ses actifs. Elle fournit néanmoins une valeur plancher utile au vendeur.
4. Les méthodes de rentabilité : ce que l’entreprise rapporte
Un repreneur n’achète pas des ordinateurs et des véhicules, il achète des bénéfices futurs.
4.1 La capitalisation d’un résultat normatif
On retient un résultat représentatif (souvent une moyenne pondérée des trois derniers exercices retraités), puis on le divise par un taux de capitalisation qui reflète le rendement attendu par un investisseur pour ce niveau de risque.
Valeur = résultat normatif / taux de capitalisation
Le guide de la DGFiP illustre une pondération qui privilégie le dernier exercice (une fois N-2, deux fois N-1, trois fois N). Le taux intègre le rendement d’un placement sans risque et une prime de risque propre à l’entreprise : plus la société est petite ou dépendante de son dirigeant, plus le taux monte et plus la valeur baisse.
La sensibilité est forte : un résultat normatif de 100 000 € capitalisé à 10 % donne 1 000 000 € ; à 15 %, environ 667 000 €. Le choix du taux pèse autant que le résultat lui-même.
4.2 Les flux de trésorerie actualisés (DCF)
La méthode des discounted cash flows valorise l’entreprise par la somme des flux de trésorerie disponibles qu’elle générera, ramenés à leur valeur d’aujourd’hui. Le flux disponible correspond, pour simplifier, au résultat d’exploitation après impôt, augmenté des amortissements, diminué des investissements et de la variation du BFR.
L’évaluateur construit un prévisionnel sur cinq ans environ, ajoute une valeur terminale pour les flux au-delà, et actualise le tout au coût moyen pondéré du capital (CMPC). Sa force est de raisonner sur l’avenir. Sa faiblesse, pour une TPE, est la fiabilité du prévisionnel : la valeur terminale représente souvent l’essentiel du résultat, et un point de croissance en plus ou en moins la fait fortement varier. Le DCF sert surtout pour une entreprise en croissance ou une levée de fonds.
4.3 La valeur de rendement : le point de vue de l’associé minoritaire
Cette méthode capitalise non le bénéfice mais le dividende régulièrement distribué. Un associé minoritaire, qui ne décide pas de la distribution, ne perçoit en effet que les dividendes votés. Le guide de la DGFiP la juge inapplicable sans politique de distribution, et inadaptée pour un paquet de titres qui donne le contrôle. Elle prend son sens quand un salarié clé rachète une petite part du capital ou qu’un associé minoritaire souhaite sortir.
5. La méthode des multiples : ce que le marché paierait
C’est la méthode la plus citée entre dirigeants (« dans mon secteur, on vend à tant de fois l’EBE ») et la plus utilisée pour les petites entreprises, en raison de sa simplicité.
5.1 Les agrégats utilisés : EBE, EBITDA, EBIT, chiffre d’affaires, résultat net
On applique un coefficient à un agrégat financier. Selon l’agrégat, on obtient la valeur d’entreprise ou directement celle des titres :
- multiple d’EBE ou d’EBITDA : donne la valeur d’entreprise, dont on déduit la dette nette ;
- multiple d’EBIT (proche du résultat d’exploitation) : même logique, après amortissements ;
- multiple de chiffre d’affaires : réservé aux cas où la rentabilité actuelle n’est pas significative (jeune société en forte croissance, clientèle libérale) ;
- multiple de résultat net (PER) : donne la valeur des titres, pour une société bénéficiaire dont les comparables ont une structure financière proche.
Piège fréquent : la DGFiP rappelle que l’EBE et l’EBITDA sont deux agrégats différents, et qu’on ne peut pas appliquer un multiple d’EBITDA à un EBE comptable. Vérifiez toujours sur quoi porte le multiple qu’on vous cite.
5.2 D’où viennent les multiples, et pourquoi ils se discutent
Un multiple n’est pas une donnée officielle. Il provient de transactions antérieures sur la même société, de cessions comparables, de sociétés cotées ou de moyennes sectorielles. Chaque source a ses biais : les sociétés cotées sont bien plus grandes et liquides que votre PME, et les transactions comparables sont rares et confidentielles. Le guide de la DGFiP souligne que la méthode « demeure dépendante de la qualité des comparables retenus ». Un multiple calculé sur un EBITDA prévisionnel ne s’applique pas non plus à un EBITDA historique.
5.3 Un exemple chiffré : une même société, trois valeurs
Situation type, fictive et simplifiée : une SARL de services techniques implantée à Bruges, une dizaine de salariés, avec les données suivantes après retraitements (rémunération du gérant ramenée au niveau du marché) :
- capitaux propres : 200 000 € ; matériel sous-évalué (+40 000 €) et indemnités de départ à la retraite non provisionnées (-20 000 €), soit un actif net réévalué de 220 000 € ;
- EBE normatif : 150 000 € ; résultat net normatif : 90 000 € ;
- emprunts de 130 000 € et trésorerie de 80 000 €, soit un endettement financier net de 50 000 €.
| Méthode | Calcul | Valeur des titres |
|---|---|---|
| Patrimoniale | Actif net réévalué | 220 000 € |
| Multiple d’EBE | 150 000 € x 4 = 600 000 €, moins 50 000 € de dette nette | 550 000 € |
| Capitalisation du résultat | 90 000 € / 15 % | 600 000 € |
Le multiple et le taux sont des hypothèses d’illustration, pas des références de marché. L’écart, lui, est typique : la société vaut 220 000 € pour ce qu’elle possède, 550 000 à 600 000 € pour ce qu’elle rapporte. La différence correspond au goodwill, c’est-à-dire à la valeur de l’organisation, de la clientèle et de l’équipe, qui est aussi la part la plus fragile si le dirigeant part sans transition.
6. Pourquoi deux évaluateurs n’arrivent pas au même chiffre
Votre expert-comptable chiffre votre entreprise à 600 000 € ; le repreneur en propose 420 000 €. Personne ne ment forcément. Les écarts ont des causes identifiables, et les connaître permet de négocier sur des arguments.
6.1 Il n’existe pas de méthode légale, ni de pondération imposée
Les praticiens retiennent le plus souvent une approche multicritère, qui hiérarchise les méthodes et aboutit à une fourchette. L’administration, qui doit asseoir un impôt sur une valeur unique, pratique une combinaison pondérée entre valeur patrimoniale et valeur de rentabilité.
Le guide de la DGFiP propose des pondérations selon la taille, l’activité et le caractère majoritaire ou minoritaire des titres, mais « à titre purement indicatif et sans caractère contraignant ». Il ajoute que multiplier les méthodes n’est pas une garantie d’objectivité : chacune doit être justifiée par le diagnostic. Deux évaluateurs aux choix différents aboutissent donc logiquement à des valeurs différentes.
6.2 Les hypothèses : là où se joue l’essentiel de l’écart
À méthode identique, les paramètres font la différence :
- le résultat normatif : le repreneur retiendra une rémunération de dirigeant plus élevée ou écartera une année jugée exceptionnelle ;
- le multiple : 3,5 fois l’EBE pour l’un, 5 fois pour l’autre ; sur l’exemple précédent, la valeur d’entreprise passe de 525 000 € à 750 000 € ;
- le taux de capitalisation ou d’actualisation, reflet de la perception du risque ;
- le prévisionnel : le vendeur projette la croissance qu’il espère, l’acquéreur celle qu’il juge probable ;
- la dette nette : une trésorerie gonflée à la clôture parce que les clients ont payé avant les fournisseurs n’est pas un excédent durable, et un acquéreur averti la retraitera.
6.3 Les primes et décotes : contrôle, minorité, illiquidité, homme-clé
Le guide de la DGFiP recense plusieurs ajustements possibles :
- la prime de contrôle, payée pour décider de la stratégie et des dividendes ;
- la décote de minorité, liée à l’absence de pouvoir ;
- la décote d’illiquidité, parce que des titres non cotés ne se vendent ni vite ni sans frais ;
- la décote de taille, liée au risque propre aux petites structures ;
- la décote d’incessibilité, quand statuts ou pacte limitent la cession ;
- la décote « homme-clé », qui mesure la dépendance à une personne.
La DGFiP met en garde contre le double emploi : un risque déjà intégré dans le taux ou le multiple ne doit pas être compté une seconde fois. Un acquéreur qui applique un taux élevé « parce que l’entreprise est petite » puis une décote de taille sous-évalue mécaniquement la société.
6.4 Le point de vue de celui qui évalue
Le vendeur cherche la valeur la plus haute défendable. L’acquéreur intègre ses synergies, son coût de financement et les investissements à prévoir. Un investisseur raisonne sur son prix de revente à cinq ou sept ans. L’administration recherche une valeur de marché. Aucune n’est « la vraie » : une évaluation sérieuse se présente en fourchette, avec des hypothèses écrites que chacun peut discuter.
7. Cession, levée, entrée d’un associé : ce que l’évaluation change concrètement
Le chiffre n’est qu’un point de départ. Selon l’opération, il se traduit en prix, en pourcentage de capital ou en clause contractuelle.
7.1 En cas de cession : prix, garanties et fiscalité
Le prix final dépend aussi de mécanismes qui partagent le risque : la garantie d’actif et de passif, par laquelle le vendeur indemnise l’acquéreur si une dette antérieure apparaît (redressement fiscal ou URSSAF, litige prud’homal) ; le complément de prix (earn-out), versé si des objectifs sont atteints après la cession ; l’accompagnement du cédant pendant quelques mois, qui réduit le risque « homme-clé ».
La fiscalité détermine ce que vous percevrez réellement. Pour un particulier, la plus-value de cession de titres relève en principe du prélèvement forfaitaire unique, dont le taux global est de 31,4 % en 2026 (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), avec option possible pour le barème progressif, comme le détaille la fiche sur l’imposition des plus-values de cession de valeurs mobilières. Des abattements existent selon les situations, notamment au départ à la retraite : leurs conditions s’examinent au cas par cas.
Côté acquéreur, la page de l’administration sur la cession de droits sociaux fixe les droits d’enregistrement à 0,1 % pour les actions (SAS, SA), 3 % pour les parts sociales (SARL, EURL) après un abattement calculé à partir de 23 000 € rapporté au nombre total de parts, et 5 % pour les sociétés à prépondérance immobilière. L’acte s’enregistre dans le mois.
Pour une cession de fonds plutôt que de titres, la logique change : l’article consacré à l’accompagnement de la transmission d’entreprise en Gironde détaille ces arbitrages.
7.2 En cas de levée de fonds : valeur avant et après l’opération
Deux notions structurent la négociation : la valorisation pré-money (avant l’arrivée des fonds) et la valorisation post-money (pré-money plus montant levé). Le pourcentage de l’investisseur se calcule sur la seconde.
Si votre société est valorisée 800 000 € et qu’un investisseur apporte 200 000 €, la post-money atteint 1 000 000 € et il détient 20 %. Avec une pré-money de 600 000 € pour le même apport, il détiendrait 25 %. Chaque tranche de valeur concédée se traduit directement en dilution. Pour une jeune société sans historique bénéficiaire, la qualité du prévisionnel devient l’argument principal.
7.3 En cas d’entrée d’un associé : augmentation de capital ou rachat de parts
Par rachat de parts, l’argent va à l’associé vendeur et la société ne reçoit rien. Par augmentation de capital, l’argent va à la société ; pour ne pas léser les associés historiques, le nouvel entrant paie une prime d’émission égale à l’écart entre valeur réelle et valeur nominale des titres.
Exemple type : une SAS au capital de 10 000 € (1 000 actions de 10 €) évaluée à 400 000 €, soit 400 € par action. Un nouvel associé qui souscrit 250 actions nouvelles paie 100 000 € : 2 500 € de capital et 97 500 € de prime d’émission. Sans prime, il obtiendrait 20 % de la société pour 2 500 €.
L’évaluation sert aussi au pacte d’associés : prix de sortie, clauses de « bon » ou « mauvais partant », formule de valorisation future. Mieux vaut la fixer à l’entrée qu’au moment d’un désaccord.
7.4 Préparer la valeur avant de la mesurer
Bpifrance Création, dans sa présentation des principales méthodes d’évaluation d’une entreprise, recommande de prévoir « un à deux ans en moyenne » pour corriger les points faibles avant une cession : normaliser rémunération et loyers, isoler les actifs hors exploitation, formaliser les contrats clients, déléguer la relation commerciale, régulariser litiges et comptes courants mal documentés. Ces actions font partie des moments clés de la vie d’une entreprise où un accompagnement anticipé produit le plus d’effet.
8. Comment le Cabinet Cantini mène une mission d’évaluation
L’évaluation prolonge naturellement le rôle de l’expert-comptable : celui qui connaît vos comptes et votre historique est bien placé pour en tirer une valeur argumentée. Elle illustre ce que fait réellement un expert-comptable aujourd’hui, bien au-delà de la tenue des comptes.
8.1 Le déroulé d’une mission
- Cadrage dans une lettre de mission : objectif, date de référence, destinataire du rapport.
- Collecte : comptes annuels et liasses des trois à cinq derniers exercices, situation intermédiaire, prévisionnel, contrats significatifs, bail, statuts et pacte, état des emprunts et engagements hors bilan.
- Diagnostic : entretien avec le dirigeant, analyse de la clientèle, de l’équipe et du marché.
- Retraitements et calcul des agrégats normatifs.
- Méthodes adaptées à votre profil, chaque choix étant justifié.
- Restitution : une fourchette de valeurs, les hypothèses et leur sensibilité, pour défendre chaque chiffre face à un acquéreur, un investisseur ou l’administration.
Pour les dirigeants installés à Blanquefort, Eysines ou Le Bouscat, les rendez-vous se tiennent à notre implantation de Blanquefort, pour travailler sur pièces en présentiel.
8.2 Ce que l’évaluation ne fait pas
Une évaluation ne garantit pas un prix de vente : c’est le marché et la négociation qui le fixent. Elle ne remplace ni les audits de l’acquéreur ni le travail de l’avocat sur les actes. Son coût dépend de la taille de l’entreprise, de sa structure (groupe, holding, SCI) et du formalisme attendu : il fait l’objet d’un devis après un premier échange, et les ordres de grandeur se confirment en rendez-vous.
Questions fréquentes sur l’évaluation d’entreprise
Combien de fois l’EBE vaut une entreprise ?
Il n’existe pas de multiple universel. Les coefficients varient selon le secteur, la taille, la récurrence du chiffre d’affaires, la dépendance au dirigeant et l’état du marché. Un multiple cité sans préciser l’agrégat (EBE comptable ou EBITDA retraité), la période (historique ou prévisionnelle) et la valeur obtenue (entreprise ou titres) ne permet aucune comparaison sérieuse.
Quelle méthode d’évaluation choisir pour une petite entreprise ?
Pour une TPE commerciale ou de services, on associe généralement une approche patrimoniale (actif net réévalué, fonds de commerce) et une approche de rentabilité (capitalisation du résultat ou multiple d’EBE). Pour une SCI ou une holding patrimoniale, l’actif net réévalué domine. Pour une jeune société en croissance, le DCF et les multiples de chiffre d’affaires prennent le relais.
Un expert-comptable peut-il évaluer une entreprise ?
Oui. L’évaluation fait partie des missions de conseil de l’expert-comptable, qui s’appuie sur sa connaissance des comptes et des retraitements fiscaux. Bpifrance Création cite l’expert-comptable parmi les professionnels à consulter, aux côtés de l’avocat fiscaliste, du notaire et du commissaire aux comptes. Certaines opérations, comme un apport en nature, peuvent en outre exiger l’intervention d’un commissaire aux apports.
La valeur retenue lors d’une donation doit-elle correspondre à celle d’une cession ?
Elle doit au minimum rester cohérente. L’administration se réfère en priorité aux transactions récentes sur les titres de la même société : son guide indique qu’en principe on ne retient pas de transactions antérieures de plus de 24 mois. Céder des titres à un prix élevé puis déclarer une donation à une valeur basse quelques mois plus tard expose à une rectification.
Comment traiter un compte courant d’associé dans l’évaluation ?
Un compte courant remboursable est une dette de la société envers l’associé. Il s’ajoute en principe à l’endettement financier net lors du passage de la valeur d’entreprise à la valeur des titres. En cas de cession, il est souvent racheté par l’acquéreur à sa valeur nominale, en plus du prix des titres : le protocole doit le traiter explicitement.
Faut-il refaire une évaluation chaque année ?
Pas nécessairement, mais une évaluation de plus d’un an perd sa force si l’activité a changé. Les dirigeants qui préparent une transmission à moyen terme font souvent actualiser la valeur à chaque clôture, pour mesurer l’effet des actions engagées et choisir le bon moment pour vendre.
Pour conclure
La valeur d’une entreprise n’est pas un chiffre caché que l’on découvre : c’est une construction argumentée. Elle repose sur trois regards complémentaires (ce que la société possède, ce qu’elle rapporte, ce que le marché paierait) et sur un travail de diagnostic et de retraitement qui conditionne la fiabilité du résultat.
Les écarts entre deux évaluateurs tiennent presque toujours aux hypothèses : rémunération normative du dirigeant, multiple retenu, taux de risque, dette nette, décotes. Les connaître vous permet de discuter avec un repreneur ou un investisseur sur des éléments vérifiables.
Vous envisagez une cession, une levée de fonds ou l’entrée d’un associé et voulez savoir sur quelle base engager la discussion ? Contactez-nous dès aujourd’hui : notre fiche Google vous permet aussi de consulter les avis des dirigeants que le Cabinet Cantini accompagne en Gironde.
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